L’importance de la valeur des stocks dans le BFR

L’entrepreneur est majoritairement responsable du Besoin en Fond de Roulement (BFR) de son entreprise. Comme le numéro 185 de Leader Réunion (juin 2018) le signalait déjà, il faut insister sur l’importance du BFR dans la bonne santé d’une entreprise.

Il est bien connu que le BFR est le talon d’Achille de beaucoup d’entreprises. On est, dès lors, étonné du manque de mobilisation efficace autour de sa composante majeure : la valeur des stocks. Les couvertures stocks (produits achetés et fabriqués) rencontrées à la Réunion sont rarement inférieures à trois ou quatre mois. C’est au moins le double de ce qui est utile. Il existe donc un gisement – dans quasiment toutes les entreprises réunionnaises – qui, s’il était exploité, apporterait – immédiatement – l’oxygène qui fait défaut à leur trésorerie.

Le recours, courant, à des sociétés de nantissement des stocks souligne ce besoin. L’exploitation de ce gisement est techniquement facile pourvu que l’on décide de changer de façon drastique les méthodes de gestion des stocks et des approvisionnements généralement héritées d’une époque révolue.

L’innovation en matière de gestion des flux de produits devrait être mise à l’ordre du jour de façon impérieuse. Rappelons, ici, que le stock est une anomalie du flux. Les éléments d’une approche innovante en cette matière sont les suivants.

Politique stock et planification

1) La politique stock : quels sont les articles dont la présence en stock n’est pas vitale ? La réponse à cette question repose sur une analyse fine de l’offre de l’entreprise et des avantages concurrentiels visés. Trop souvent, on a du stock « au cas où… ». Les articles faisant partie de l’offre d’une entreprise ne nécessitent généralement pas tous une disponibilité immédiate. Ce travail relève d’une fonction – peu développée dans la plupart des entreprises – qui se nomme : la Gestion de la Demande. On distinguera également, à ce stade, les différents types de stocks : gestion, anticipation, spéculation,

2) La planification : quelle est la quantité raisonnable à maintenir en stock ? Ici intervient un autre aspect de la Gestion de la Demande : la Prévision. Il ne s’agit pas de chercher à faire des prévisions justes (une prévision est toujours fausse ; dans le cas contraire, c’est qu’on a à faire à une commande ferme !) Il s’agit d’élaborer un scénario plausible pour structurer un horizon prévisionnel suffisant qui sera remis en cause régulièrement : fréquence mensuelle généralement recommandée. Ce scénario – traduisant la stratégie de l’entreprise – servira de base au dimensionnement « au plus juste » des stocks jugés indispensables dans la phase précédente.

Les paramètres du dimensionnement

Ce dimensionnement se base sur cinq paramètres :

– Les caractéristiques du flux de sortie à assurer (demande moyenne prévue par période, variabilité de la demande, taux de service client visé)

– Les contraintes de réapprovisionnement du stock (taille de lot et délai d’obtention). On soulignera ici qu’il est préférable de calculer un stock sécurité plutôt que de le fixer de façon arbitraire et linéaire. Chaque article stocké a une vie propre – qui peut être très différente de celle de son voisin – traduite dans les paramètres mentionnés ci-dessus.

– Les tailles de lots (d’appros ou/et de fabrication) qui sont souvent gonflées par un raisonnement pseudo économique qui dit que « plus on en prend d’un coup, moins c’est cher». 

Ce raisonnement ignore un élément déterminent qui est le coût de stockage et qui est totalement éludé dans la majorité des entreprises. Rappelons qu’un article stocké coûte au minimum, chaque mois, 2 % de sa valeur. Et la taille de lot a un effet direct sur le BFR !

L’opération de dimensionnement d’un stock est simple : les paramètres étant fixés, les calculs relèvent d’un simple tableau Excel.

Un gisement de trésorerie à exploiter

3) Le pilotage des Approvisionnements : Quand et comment faut-il commander ? La méthode la plus répandue est le réapprovisionnement périodique. Nombre d’entreprises réunionnaises pratiquent toujours cette méthode en déterminant – généralement une fois par mois – la quantité à réapprovisionner et en plaçant leurs ordres dans la foulée. Cette pratique induit un stock structurel minimal d’un mois correspondant à l’intervalle entre deux ordres. Le fait de passer à une méthode basée sur un flux tiré par les consommations réelles et une édition « au fil de l’eau » des ordres de réappro supprime immédiatement ce mois de stock.

4) La professionnalisation des métiers liés à la gestion des flux. De tous temps les activités liées à la gestion des stocks ont été considérées comme plus ou moins subalternes et sont souvent confiées à des opérateurs “formés sur le tas”.

Il est plus que temps – compte tenu des enjeux – de professionnaliser ces postes. Ceci relève, en particulier de :

– la prise de conscience par les responsables que la Performance Flux est une clé majeure de la compétitivité de l’entreprise ;

– l’adoption d’une démarche transverse connue sous le nom de Supply Chain Management (Gestion de la Chaîne d’Approvisionnement de la Demande).

– La formation des gestionnaires aux Principes et Méthodes actuelles de gestion des Flux.

Conclusion : tout entrepreneur devrait prendre conscience que, si sa couverture stocks dépasse un mois, il dispose probablement d’un gisement de trésorerie (BFR) à exploiter. Ce gisement est d’autant plus important que la couverture est élevée. Il a, de ce fait, un levier – dont il est entièrement maître – pour améliorer rapidement sa santé financière. Actionner ce levier n’est pas compliqué (niveau Excel en ce qui concerne les outils) et est rapidement profitable. Des actions de sensibilisation sont épisodiquement mandatées sur ces thèmes. On ne peut qu’encourager chaque responsable d’entreprise à y participer. Le développement – voire la survie – passe par là !

 

 

 

 

 

 

  Jean Marie Bomy                                                                                           Smart Inventory Management                                                                        Tel. 0692  24 36 17                                                                                            jean-marie.bomy@wanadoo.fr

 

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