On sème avec Hortibel depuis quarante ans

Créée par Georges Maisonneuve en 1979, la société Hortibel est solidement enracinée dans le paysage de l’horticulture locale. Leader du marché de la distribution des semences, l’entreprise saint-pierroise a su se diversifier (produits phytosanitaires, biocides, articles d’animalerie) et s’emploie à s’adapter en permanence aux évolutions de la demande.

Bruno Maubert entouré  de l’équipe Hortibel qui fête cette année son 40ème anniversaire

Lorsque Georges Maisonneuve fonde Hortibel en 1979, l’horticulture réunionnaise est encore balbutiante.  

« Nous avons par exemple lancé les glaïeuls, les chrysanthèmes, les semences de pomme de terre, se souvient-il. Mais notre cœur de métier est toujours resté les semences, principalement à destination des professionnels. Nous avons très tôt travaillé avec les premières grandes surfaces, mais j’ai toujours tenu à ce que la part de notre chiffre d’affaires réalisé avec la grande distribution alimentaire soit limité ». 

 Après avoir créé les Pépinières de La Mare, qu’il continue à diriger en parallèle, Georges Maisonneuve l’agronome choisit, pour lancer Hortibel, un partenaire au profil plus commercial : Jean-Marc Peyrichou, qui importait alors les graines Clause. 

Le tandem se sépare au bout de deux ans et Hortibel recrute Joseph Pitarch, un commercial qui ne tardera pas à devenir le directeur de l’entreprise.

« Hortibel est le produit de la départementalisation », aime à dire Georges Maisonneuve pour expliquer le développement de son affaire.  À partir des années 1970, la Réunion commence réellement à se développer, avec les décennies de stagnation post-coloniales. La population augmente, très vite, les crédits arrivent enfin, les infrastructures se modernisent et le pouvoir d’achat progresse. Les Réunionnais, amoureux des plantes, dépensent pour fleurir leur cour ou leur balcon. 

Avec les semences, ils achètent du terreau, des engrais, des pots… Les horticulteurs et les maraîchers se professionnalisent, diversifient leur production, s’équipent de serres, les premières jardineries apparaissent.

Hortibel est alors basée sur la ligne des 400, au Tampon. En 1989, le cyclone Firinga détruit ses installations. L’entreprise trouve refuge à la Coretab, l’ancienne manufacture de tabacs, à Saint-Pierre. La sous-préfecture sudiste se dote alors d’une nouvelle zone industrielle, la troisième. Hortibel y construit ses nouveaux locaux, qu’elle occupe encore aujourd’hui. Étendus en 2012, ses deux bâtiments couvrent 6 000 m2 et ont été dotés récemment d’une salle réfrigérée à sec pour stocker les semences dans les meilleures conditions. 

« Nous sommes les seuls à avoir un équipement de ce type », souligne Bruno Maubert, directeur général depuis janvier 2014, quand il a succédé à Joseph Pitarch. Hortibel dispose également d’une petite plate-forme logistique au Chaudron, où ses clients du Nord et de l’Est peuvent récupérer leurs commandes mais qui n’a pas vocation à accueillir la clientèle des particuliers. De même, le groupe possède l’enseigne Distri-Vert de la Plaine-des-Cafres, mais n’a jamais souhaité développer une activité de vente aux particuliers, afin de ne pas concurrencer ses propres clients.

Georges Maisonneuve, le fondateur de la société Hortibel aux côtés de sa fille Florence Schupp, PDG et de Bruno Maubert, directeur général

Âgé de 92 ans, Georges Maisonneuve continue à suivre attentivement les affaires, mais a passé la main. Sa fille Florence Schupp préside aux destinées du groupe, son fils Stéphane Maisonneuve en est le directeur administratif et financier. Bruno Maubert a structuré autour de lui une équipe de cadre et la société, leader local du marché des semences, poursuit sereinement son développement. Ses 8,5  millions d’euros de chiffre d’affaires se répartissent en plusieurs parts à peu près équivalentes. Les semences représentent 1,5  million, en grande partie réalisé avec les professionnels avec les marques Vilmorin, Clause et Technisem. Les ventes de produits phytosanitaires pèsent d’un poids similaire, un peu plus important que celui des biocides achetés par les particuliers pour combattre rats et insectes. Les professionnels de la dératisation et de la désinsectisation se fournissent également chez Hortibel, qui fournit notamment l’Agence Régionale de Santé en produit destructeur de moustiques dans le cadre des actions de lutte contre la dengue. La société propose par ailleurs une gamme d’accessoires d’animalerie (hors alimentation) de la marque Agrobiothers, des produits pour piscines et tous les produits annexes du jardinage et de l’horticulture : pots, terreau, engrais…

Conformément à la stratégie décidée de longue date par Georges Maisonneuve, la part du chiffre d’affaires réalisé avec la grande distribution alimentaire et de bricolage est de seulement 24 %. La plus grande part de l’activité d’Hortibel consiste à fournir les coopératives, les jardineries et directement les maraîchers, horticulteurs et pépiniéristes en produits techniques qu’ils ne trouvent pas ailleurs.

La vie de l’entreprise n’est pas pour autant un long fleuve tranquille, en raison de l’évolution des réglementations sur les pesticides, qui représentent une part non négligeable dans son bilan. 

« L’interdiction d’utilisation du glyphosate par les collectivités et les particuliers nous a fait perdre 400 000  euros de chiffre d’affaires, celle de l’herbicide Basta environ 800 000, estime Bruno Maubert. Pour les compenser, je cherche des niches, des nouveaux produits ».

Hortibel mesure aujourd’hui la forte demande de ses clients en produits « propres », en déplorant que l’offre des fabricants ne suive pas. Il y a une quinzaine d’années, la société avait été (un peu trop) avant-gardiste en important des fertilisants bio, poudre de corne ou sang séché : la clientèle n’avait pas répondu présente. Aujourd’hui, particuliers et professionnels réclament du bio à grande échelle.

Se diversifier, innover, Hortibel sait faire. L’entreprise sudiste a créé une filiale mauricienne et a lancé, via une autre filiale, l’activité d’hydroseedling, consistant à enherber des zones difficiles d’accès en projetant au canon un mélange d’eau, de substrat, de graines de gazon et d’engrais. Elle est également très présente aux côtés des instituts techniques (Armeflhor, eRcane) et des filières agricoles, dans divers programmes d’expérimentation et de recherche, et emploi un technicien à plein temps pour toutes ses actions de développement.

« Nous sommes davantage des technico-vendeurs que des commerciaux, insiste Bruno Maubert. Je me rends plusieurs fois par an dans des salons en Europe pour trouver les solutions qui répondent aux demandes nouvelles des clients ».

Une famille de produits rencontre ainsi un succès croissant, tant chez les professionnels que chez les particuliers : les biostimulants, qui peuvent compléter, voire remplacer les fertilisants classiques.  Hortibel importe ainsi l’Osiryl, un stimulant racinaire qui s’avère particulièrement efficace sur la canne à sucre… depuis l’expérimentation fortuite d’un client, il y a quelques années.

Planteur de canne, il avait épandu dans un champ un fond de cuve d’Osiryl utilisé par son épouse horticultrice. Le résultat fut si spectaculaire sur la croissance des cannes que l’agriculteur invita Hortibel à venir le constater. 

« Nous avons fait remonter l’information au fabricant, qui venait justement de lancer des essais sur la canne aux Antilles, relate Bruno Maubert. eRcane a démarré de son côté un programme d’essais qui ont donné des résultats très concluants au bout de cinq ans. À tel point que l’Osiryl est aujourd’hui le premier biostimulant officiellement préconisé et que les Mauriciens s’apprêtent à leur tour à lancer une expérimentation pour vérifier la performance du produit sur leurs propres cannes ».

Depuis quarante ans, Hortibel sème la nouveauté à tous vents et a bien l’intention de continuer !  

Propos recueillis par Bernard Grollier – Photos Anakaopress


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