Vindemia : Carrefour rafle la mise

Le rachat de Vindémia par le Groupe Bernard Hayot, s’il est approuvé par l’Autorité de la Concurrence, annonce une redistribution des cartes dans la grande distribution réunionnaise à partir de l’année prochaine. Carrefour et Leclerc seront en position de leaders alors qu’Intermarché, auquel s’adosse le nouvel entrant Run Market, se mêlera au jeu.

Plus de trente ans après son entrée sur le marché de la grande distribution réunionnaise, le groupe Hayot s’apprête à en devenir le n° 1, au prix de 219  millions d’euros : le montant du rachat de Vindémia à Casino. L’annonce de la promesse unilatérale d’achat, le 22  juillet, a sonné comme un coup de tonnerre dans le ciel de l’économie réunionnaise, qui bruissait de rumeurs depuis plus de deux ans. Qui allait reprendre la filiale indianocéanienne de Casino, pressé de se désendetter ?

Le poids lourd du commerce insulaire a logiquement raflé la mise. Même s’il lui faut attendre le feu vert de l’Autorité de la Concurrence pour hisser l’enseigne Carrefour sur 3 hypermarchés – les Jumbo de Saint-Benoît, du Sacré-Cœur et de Saint-Pierre – et 15 supermarchés, GBH se prépare à endosser les habits de leader avec la sérénité d’un groupe sûr de son dossier. Il a anticipé le veto prévisible du gendarme de la concurrence en annonçant la rétrocession de quatre des hypermarchés de Vindémia – les Jumbo de La Cocoteraie à Saint-André, Duparc, le Chaudron et Savanna – à un nouvel arrivant, Make Distribution, adossé à Intermarché.

L’arrivée d’une nouvelle enseigne à la Réunion ne devrait pas déplaire au gendarme de la concurrence, d’autant qu’il s’agit du deuxième groupe indépendant de la grande distribution française : les Mousquetaires ne débarqueront sans doute pas sous le tropique du Capricorne pour faire de la figuration.

La roue tourne. On se souvient de ce début des années 1990 ou Vindémia, propulsé par Jacques de Chateauvieux et Jean-Marc Brébion, avait pris les commandes d’une grande distribution réunionnaise naissante, après d’homériques bras de fer avec le tandem Caillé-Hayot. « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel », répétait à l’époque Jean-Marc Brébion pour calmer les inquiétudes face à la puissance grandissante de ses enseignes.

Les temps ont changé. Même si tout le monde semble avoir oublié l’amendement Thien Ah Koon, plafonnant les surfaces commerciales détenues par un même groupe, les positions dominantes sont d’autant moins acceptées par les autorités qu’elles sont décriées par l’opinion.

Le concert de critiques qui s’élèvent depuis le 22  juillet contre GBH en témoigne et Amaury de Lavigne doit ferrailler dur pour faire entendre ses arguments.

« Nous avons construit trois hypermarchés en trente ans, on a vu des rouleaux compresseurs plus rapides », fait remarquer le directeur général de Carrefour à la Réunion. Il est vrai qu’entre-temps le groupe d’origine martiniquaise a pris du poids dans d’autres secteurs du commerce, de l’automobile au bricolage en passant par les articles de sport, pendant que quelques grands noms locaux des affaires mordaient la poussière : de quoi alimenter bien des rancœurs.

Au-delà du brouhaha, Amaury de Lavigne (voir pages  28-29) résume ainsi la situation à laquelle va conduire le rachat de Vindémia par son groupe : « Carrefour et Leclerc vont bientôt être en concurrence frontale partout et sur tous les formats ».

Les consommateurs ne devraient pas avoir à s’en plaindre.

Bernard Grollier

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