Le manager doit-il être optimiste ?

Dans le précédent numéro, nous avons vu les deux extrêmes de la vie au travail, le Bien-Être et l’autre extrême, les violences (cf. LR n° 194). Dans les deux cas, il faut organiser la dispute professionnelle pour éviter les querelles personnelles et aussi pour éviter une forme de querelle encore plus profonde, le conflit de valeur.

Le conflit de valeur c’est le conflit que nous avons tous, en permanence, même si cela est d’intensité et d’importance variable. C’est la différence entre notre vision personnelle et celle de notre culture. Avec le temps nous nous construisons des convictions, sur la manière dont marche le monde, sur la manière dont le travail doit se faire, sur la manière dont chacun devrait nous parler ou comment nos proches devraient se parler…

Nous sommes en permanence en train d’instruire la question de « ce qui se fait ou pas » entre deux personnages dans notre tête ! L’un est positif, et souvent l’autre est négatif. Rassurez-vous, vous n’êtes pas fous, il s’agit juste d’une conversation entre vous, votre personnalité, tel que vous vous êtes construit, et ce que les autres disent ou font : « Dans ma famille ça se fait comme ça…, mais moi je préfère…, mais c’est compliqué, je ne veux vexer personne… ». Les exemples sont nombreux où nous hésitons entre ce que nous pensons au fond de nous et ce que notre entourage fait. Cet entourage c’est la famille, les collègues de mon métier ou l’automobiliste de devant (celui qui ne sait pas conduire… !).

Ce conflit est inévitable mais nous le résolvons la plupart du temps, sans même nous en rendre compte : « Bon, allez maintenant ce sera comme ça et point barre ! » Mais que faire quand on doute ? « Je doute que ma famille puisse changer d’avis », « Je doute que ce collègue arrive à comprendre et changer de manière de faire… » 

Le doute est en fait la meilleure manière de se confirmer à soi-même que l’on a raison de penser et d’agir ainsi… Puisque les autres ne changeront pas, inutile que j’essaie de changer de point de vue ou de manière de faire… Mais si je ne change pas de point de vue, il y a peu de chance que l’autre en fasse autant. Il y a donc peu de chances que notre conversation soit différente de la dernière fois…

Pour faire évoluer notre situation au travail ou une situation de notre vie de tous les jours, on ne peut pas penser en permanence que l’on a tort et que les autres ont raison ! Si vous faites cela tous les matins devant votre glace, c’est peut-être signe de dépression ou d’une dévalorisation personnelle. Généralement, c’est les deux ! Alors que faire ?

Et si on essayait l’optimisme ?  

On est optimiste quand on a confiance dans la suite des événements, dans les résultats de son action… « Ça va le faire », « ça va bien se passer », « ça va marcher ». On est optimiste quand on a confiance en soi et aussi un peu dans le système (ma boîte, ma famille ou ma collectivité…). Bref c’est une disposition d’esprit, une manière de voir le monde, donc… une philosophie !

Un bien grand mot pour dire tout simplement que le pire n’est jamais certain ! Et se préparer au pire c’est souvent le provoquer sans s’en rendre compte… Mais vous me répondrez qu’il faut anticiper, prévoir, envisager le pire… C’est la gestion cartésienne telle qu’on nous l’enseigne depuis le secondaire ! Mon chef vient de me demander de venir le voir, je suis persuadé que c’est pour me parler de mes résultats du mois dernier et que ça va encore mal se passer. 

Mauvaise foi, incompréhension… J’arrive donc dans son bureau avec ça en tête… et ça se voit sur mon visage ! Résultat, le chef voit un visage fermé, et lui même alors se demande pourquoi, se méfie, tergiverse pour éventuellement comprendre pourquoi vous faites cette tête-là, et se fait aussi de mauvaises idées : « Ah celui là, y’a toujours un problème avant même d’avoir commencé à parler, etc. » Et la conversation tourne mal… ! CQFD ! J’avais donc raison !!!

Pour laisser une chance à l’avenir de bien se passer, il est donc utile d’être un brin optimiste, sans pour autant être le bisounours de service, qui ne voit pas les dangers et se prend les pieds dans le premier piège venu…

 Virginie Prud’homme, déléguée locale de la Ligue des Optimistes de France, représentante des ZOPTIMISTES PEI, nous explique pourquoi et comment être optimiste au quotidien à La Réunion : « L’optimisme est pour moi une philosophie de vie qui se développe et offre un levier d’actions et de changements ! Une attitude mentale exigeante à avoir ou à développer même – et surtout ! – en contexte de crise.  C’est une décision de voir les choses différemment malgré la tendance générale. Ce qui implique parfois d’aller à contre-courant et prendre le risque de ne pas être en conformité avec nos groupes d’appartenance. C’est prendre conscience qu’on a toujours le choix… et le « non-choix » en fait partie. »

S’affirmer et devenir soi

« Ma première rencontre avec la Ligue des Optimistes remonte à la conférence « Optimisme et Management » de Yves de Montbron, secrétaire de la Ligue et conférencier, à Saint-Denis en juillet 2018 puis en 2019 sur le Manager Positif. Les idées fondatrices de la Ligue ont tout de suite fait écho à mon métier de Psychologue du Travail et de Psychothérapeute. Cela collait parfaitement au coeur de mon métier : accompagner les autres pour devenir acteurs de leur vie, la vie à laquelle ils aspirent, développer l’autonomie, s’affirmer et devenir soi sur le plan personnel et professionnel ! »

« J’ai adhéré à la Ligue des Optimistes* et rapidement j’ai eu l’envie d’en faire quelque chose de concret à la Réunion. C’est comme ça qu’est née Les Zoptimistes péi (https://www.facebook.com/leszoptimistespei/), de la rencontre de personnalités diverses mais toutes confiantes en l’avenir et en elle-mêmes, nourries de l’envie de partager ce message positif : “le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté” ** ».

« Aujourd’hui Lucie et Emmanuelle m’ont rejoint dans cette aventure pour mettre en place des actions et événements spécifiquement professionnels, à destination des entreprises. L’optimisme a beaucoup à voir avec le Management, les relations de travail, la performance, la santé et la Qualité de Vie au Travail. Venez sur la page FB des Zoptimistes péi ! Nous organisons en novembre prochain un « piknik péi » partage optimiste dans le Nord : suivez-nous pour avoir les infos et le programme de cette journée inédite ! Et si vous avez l’optimisme partageur, rejoignez-nous ! »

Nous demandons à nos managers d’anticiper, de prévoir les « mauvais coups » à venir. Il ne s’agit évidemment pas de leur dire d’être toujours optimiste et de faire des prévisions de hausse à 2 chiffres si cela n’est pas possible… mais si cela était possible ? 

Et si on essayait… l’optimisme, juste pour voir… ce serait peut être l’occasion de se prouver que l’on peut… faire toujours mieux… 

Conclusion, le Manager doit être prévoyant, il doit donc aussi anticiper les conséquences du pessimisme, et particulièrement les conséquences de son propre pessimisme … et rebondir sur l’opportunité de l’optimisme !

* www.liguedesoptimistes.fr.

** Alain, Propos sur le bonheur, 1928


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